De l’aliénation de l’homme noir à la négation de sa compagne des millions d’années

De l’aliénation de l’homme noir à la négation de sa compagne des millions d’années

Honorée, hier, en raison de son amour oblatif, jamais prise en défaut, de femme-femme et de femme-mère, reconnue et installée définitivement dans sa fonction de gardienne de la tradition, la femme noire est aujourd’hui totalement écartée de la gestion de la société, tant aux plans cultuel et culturel, que social, politique et économique.

Chosifiée par son compagnon des millions d’années, qui lui nie toute capacité de réflexion juste et d’action juste, son existence se résume à peu de choses.

Elle doit faire des enfants, dont l’éducation ne lui appartient plus, meubler la maison et la vie de son homme et, surtout, subir certains caprices insupportables et parfois criminels de grand enfant qu’est devenu ce dernier, faute, justement, de n’avoir pas été instruit par elle du sens de l’honneur et des valeurs humanistes de la vraie Afrique.

À l’évidence, seule la substitution à ses repères culturels de visions du monde antagoniques a pu conduire l’homme noir à adopter pareille attitude de rejet de soi et de négation de la femme noire.

En effet, pour intégrer l’humanité adamique, l’homme noir est devenu musulman, s’il n’a pas adopté le christianisme ou le judaïsme comme mode opératoire de son allégeance religieuse.

Or, toute religion véhicule les valeurs de civilisation du peuple qui l’a créée. Et c’est un truisme d’affirmer que les valeurs de civilisation délimitent le cadre d’expression de l’existence d’un peuple. Car elles définissent les rapports de l’homme au Créateur et au monde invisible, les rapports de l’homme à lui-même, les rapports de l’homme à la femme, les rapports de l’homme à son environnement, etc.

Puisque la religion est l’inspiratrice unique, sinon principale, des valeurs de civilisation et puisque la religion résulte de l’idée qu’un peuple se fait de Dieu, il est utile, pour comprendre le processus de l’aliénation de l’homme noir de comparer le Créateur, du point de vue africain au Dieu ternaire judéo-christiano-musulman.

 

Le théosophe africain postule que le Créateur est :

  • fluide universel et, à ce titre, une gamme de vibrations à intensité variée,
  • à la fois parcelle et totalité de toutes les créatures visibles et invisibles,
  • mâle et femelle, en ce qu’il est la somme de deux fluides complémentaires de force opposée,
  • donc incarnation gémellaire dans toutes ses créatures capables ou non de reproduction.

 

Le prophète judéo-christiano-musulman affirme que Dieu est :

  • fluide universel en ce qu’il distribue la vie à toutes les créatures visibles et invisibles,
  • détaché de sa création qu’il regarde et surveille du haut d’un trône,
  • mâle depuis qu’il existe et il le restera,
  • incarné d’abord dans l’homme créé à son image, qui se dédoublera en une femme par le sacrifice d’une de ses côtes.

 

À la lumière de ces quelques points d’enseignement, il est clair que les attitudes et comportements de la société africaine sont à l’antipode de ceux de toute société à laquelle s’est révélé le Dieu ternaire.

Puisque le Créateur est à la fois parcelle et totalité, puisqu’il anime tout ce qui existe de sa force vitale à la fois double, unique et éternelle, puisqu’il est à la fois mâle et femelle, la pensée africaine stipule :

  • l’enveloppe charnelle de l’être humain n’est qu’un support temporaire périssable de son énergie vitale,
  • éternelle, cette énergie vitale obéit à la loi de la réincarnation,
  • dans ses nombreux allers et retours, cette même énergie vitale anime tantôt un corps d’homme, tantôt un corps de femme,
  • tout homme a donc, probablement, déjà été femme, et l’inverse est vrai pour toute femme.

 

Fort de ces convictions inébranlables, l’Africain d’hier a toujours considéré sa compagne des millions d’années comme l’autre lui-même ; l’opposé complémentaire sans qui sa vie et l’existence de la société, dans son entier, n’aurait non seulement aucun sens mais cesserait tout simplement.

Car l’Africain d’hier a toujours su que la femme est la seule créature capable de reproduire le mystère de la création, à travers l’enfantement. Voilà pourquoi, l’initié dogon peut rendre hommage à la femme en la rapprochant du Créateur de toutes choses : « l’assise d’Amma était comme une matrice de femme ; toutes les choses sont sorties de l’intérieur du placenta d’Amma ».

Le prêtre de Kamita (Égypte ancienne) s’était déjà engagé dans cette démarche d’évaluation juste de la valeur et de la place de la femme dans la société. En effet, il identifiait le ciel à la déesse Nut, mère de toute la superstructure du cosmos, y compris le dieu Amon i lui-même, dans sa glorieuse trinité, c’est-à-dire Ré-Khêper-Atum.

Et, considérant que nul ne peut, mieux que la femme, surveiller, protéger et défendre, au prix de sa vie, sa progéniture, donc le peuple dans son entier, le prêtre lui a confié la garde du pays. Ainsi veillaient sur les quatre points cardinaux, les déesses Isis (Asaté) et Nephtys (Nebethut), Neith et Serquet.

Cette tradition survivra à Kamita (l’Égypte ancienne).

Au Mandé, en Casamance, en Angola, chez les Abidji, les cérémonies de protection occulte de la communauté étaient du domaine de la femme.

Certains initiés africains, restés imperméables aux influences négatives des religions étrangères, rattachent fièrement l’origine de leur peuple à un ancêtre mythique de sexe féminin.

Les Diola et les Sérer affirment descendre de deux sœurs : Agen et Dyambon.

Les Fon disent avoir pour ancêtre Abigbonu, mère du roi Agasu.

Il n’est donc pas étonnant que la femme, qui donne la vie, soit également détentrice du secret des noms, comme chez les Sénoufo, ou encore dans le royaume de Bariba dont la princesse Mikadi conférait aux fils des nobles les noms des illustres ancêtres, après les avoir tondu de sa propre main, avec un rasoir d’or.

Il n’est pas étonnant, non plus, que la femme soit à l’origine de découvertes fort utiles au bien-être de la société.

Chez les Dogon, c’est elle qui est témoin de la chute de la foudre et qui découvre ainsi le feu.

C’est encore elle qui découvre et introduit les éléments indispensables à l’existence de la société des masques : les fibres rouges, les cagoules, et le masque de bois lui-même.

Chez les Luba, elle est l’inventrice de la divination.

Chez les Fang, tout individu magicien hérite cette faculté paranormale de sa lignée maternelle.

Chez les Bambara, la force morale qui permet de boucler le cycle complet de la grande initiation est toujours communiquée par la mère.

Et le pharaon de d’Égypte, lors d’une cérémonie secrète de la fête Sed, devait sa revitalisation à deux prêtresses, qui, en lieu et place des déesses Isis (Asaté) et Nephtys (Nabethut), lui insufflaient le souffle régénérant de la force vitale, par simple imposition de leurs mains sur ses épaules.

Étant donné que dans l’Afrique d’hier, le pouvoir temporel tenait sa légitimation du pouvoir spirituel, il va de soi que la femme noire, qui exerçait pleinement le second, ne pouvait être écartée de l’exercice du premier. D’autant plus que l’organisation de la société africaine était matriarcale, en vertu de laquelle il n’y a d’héritage temporel légitime que celui transmis par la mère.

Voilà pourquoi la liste est longue des femmes africaines qui, de l’antiquité à la conquête coloniale, ont été intimement associées à l’exercice du pouvoir.

Des égyptiennes Nitocris à Hatchepsut, en passant par Sahotep, des nombreuses abyssiniennes qui ont porté le nom Candace à Amamichakete, de la sabéenne Balkis à la bamun Nzabudunké ii en passant par Amina reine de zaria et les baoulé Abla Poku et Akwa Boni, toutes ces reines ont exercé pleinement le pouvoir et participé, pour certaines, à des campagnes guerrières.

Il en est ainsi de Sahotep, Hatchepsut, Candace, Abla Poku et sa nièce Akwa boni.

Il n’est pas moins intéressant de rappeler l’existence des assemblées de femmes, notamment celles des grandes initiées, dont l’avis était toujours demandé et pris en compte. Ainsi, dans le royaume d’Agbomey, les femmes du Léopard étaient les mères politiques des hommes au pouvoir dont elles contrôlaient les actes posés.

La vision du monde judéo-christiano-musulmane étant à l’opposé de l’idée que l’Africain authentique se fait de Dieu et de son enseignement, le sort de la femme blanche s’inscrit forcément dans une trajectoire inverse de celle de son aînée africaine.

On sait qu’en dehors de Kamita (l’Égypte), le judaïsme a beaucoup emprunté à la Mésopotamie. Il doit à ce pays les mythes suivants : le jardin d’éden, la tour de Babel, la confusion des langues, le déluge.

Mais le judaïsme doit également à ce pays la légende créationniste de la femme à partir de la côte de l’homme et, surtout, la légende relative à l’apparition de la prostitution de la femme.

Instituée par la déesse Ishtar, la grande prostituée et courtisane des dieux, la prostitution qui était pratiquée à grande échelle en Mésopotamie est devenue un métier reconnue par la Bible (Deutéronome 23/18 ; Nombre 25/1-5 ; Lévitique 21/9).

Et poursuivant son implacable logique, le Judaïsme décrète que la femme est le bien de son époux (Exode 21/17), que seul ce dernier peut prendre la décision d’une répudiation (Deutéronome 21/1), qu’aucun héritage venant de l’époux ou du père ne peut être donné à la femme.

Livre de base du Christianisme et de l’Islam, qui s’appuient tous les deux de tout leur poids sur l’essentiel de son enseignement, l’Ancien Testament a construit une philosophie anti-féministe confirmée par ces deux autres religions dites révélées et du Livre.

Tandis que l’apôtre Paul conseille le célibat intégral (premier épître aux Corinthiens ch. 6-7), que Jésus, lui-même, par la bouche de l’apôtre Thomas, affirme que seule une femme faite mâle entrera dans le royaume des cieux (Thomas 118), Mahomet, pour ce qui le concerne, précise que Dieu a élevé les hommes sur les femmes et qu’ils peuvent sévir contre elles (sourate 4, verset 34).

Cette certitude si fortement établie de l’infériorité de la femme, souillée du péché de la tentation depuis Eve, explique bien pourquoi aucun de ces prophètes n’a jamais eu un seul disciple de sexe féminin.

Cette même certitude explique également pourquoi, jusqu’au moyen âge, toute femme soupçonnée de pratiques magiques était considérée comme une sorcière et brûlée vive.

Écartée du pouvoir spirituel, la femme blanche le sera également du pouvoir temporel ; et pendant très longtemps.

La première femme qui exercera directement le pouvoir en Europe, fut la reine Marie Tudor d’Angleterre en 1553, soit plus de trois millénaires après la pharaonne Hatchepsout.

La femme française attendra la révolution française de 1848, au succès de laquelle elle a beaucoup contribué pour avoir le droit au partage égal des biens communs du ménage, ainsi qu’au divorce.

Avec la fin de la seconde guerre mondiale, dans laquelle elle a également été partie prenante, la femme européenne obtiendra le droit de vote et cessera d’être considérée comme une mineure dont l’existence sociale n’était reconnue qu’à l’intérieur de sa famille, au sein de laquelle d’ailleurs elle ne jouait aucun rôle actif.

La femme juive, par Golda Meir, et la femme arabe, par Benhazir Bhutto, attendront la seconde moitié du vingtième siècle pour assumer des responsabilités politiques dignes du nom.

Comme on le voit, la femme noire a perdu son rang d’honorable compagne des millions d’années pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui, simplement par ce que l’homme noir a intériorisé et fait siennes les plus négatives des valeurs prônées par ses nouvelles visions du monde.

Ce faisant, il a tourné le dos aux repères culturels profondément humanistes posés par la pensée africaine pour baliser la route qui conduit à une société où règnent l’harmonie des contraires et la paix des cœurs.

Mal armé pour comprendre des enseignements conçus par d’autres à partir de parcours fondamentalement différents, l’homme noir, totalement égaré, est souvent plus passionné que ses maîtres dans la pratique des dits enseignements.

Le cas des Africains musulmans qui, se prenant pour des talibans purs et durs, exigent de leurs épouses et de leurs filles, le port de la burqa, ne découvrant que leurs yeux pour voir la route, est significatif de l’aliénation de l’homme noir.

Pourtant, tous ces Africains qui infligent pareil châtiment, particulièrement en pleine saison sèche avec des pointes de chaleur de plus de 40 degrés à l’ombre, sont à la recherche du centième nom de Dieu.

Convoité par tout musulman, afin de devenir sinon l’égal du Créateur, du moins son presque égal. Car ce nom, aux dires de quantité de théosophes de toutes les écoles musulmanes est la clef d’accès à la Connaissance des Connaissances.

Or, leurs propres ancêtres à qui ils ont tourné le dos pour en suivre d’autres, leur enseignent clairement que la seule créature qui a réussi à s’approprier ce nom tant recherché est une femme et qu’elle a pour nom Isis (Asaté).

Il va de soi que si le Créateur a permis à la femme, uniquement à la femme, de découvrir le plus secret de ses noms, c’est, sans conteste, parce qu’il la sait apte à en faire bon usage.

Autrement dit, la femme, qui donne la vie, en connaît la valeur véritable et sait la préserver en toutes circonstances, justement en raison de sa plus grande proximité avec Dieu.

Et parce qu’elle est mieux placée que quiconque pour savoir que le Créateur est la vie, que, par voie de conséquence, la vie est également le Créateur, elle garde la conviction profonde que nul ne peut, au nom du Créateur, prendre la vie d’un être humain sain de corps et d’esprit.

Pour cette raison, l’Africain d’hier, qui avait intégré cet enseignement dans sa vie quotidienne, n’avait jamais construit de prison pour priver l’être humain-Dieu de sa liberté inaliénable.

Par ailleurs, il avait à jamais écarté, de sa Vision du Monde, l’idée même de la peine de mort.

Il est donc grand temps que l’adepte africain des religions étrangère ait le courage d’aller à la rencontre de ses ancêtres pour rompre avec l’attitude indigne de mimétisme aveugle qui en fait la risée de ses maîtres en spiritualité étrangère.

Nous faisons le pari que tout Africain juif, chrétien ou musulman qui se donnera cette peine louable et qui osera aller jusqu’au bout de ses investigations, sera résolu à se dépouiller, dans les meilleurs délais, de son identité de substitution et abandonnera ses ancêtres d’emprunt.

Seule la connexion à notre Source de Vie, c’est-à-dire la réappropriation des valeurs fondatrices de notre Tradition, dont la reconnaissance de la place véritable de notre compagne des millions d’années, est libératrice.

De même une seule main ne peut applaudir, de même une seule fesse ne peut chevaucher longtemps, de même sans la femme noire, l’homme noir est privée de la moitié complémentaire et indispensable de son intelligence et de sa volonté créatrices.

L’Africain, particulièrement, lui, sur toute l’étendue de la Création, éprouve un respect craintif, inné, pour sa mère biologique ou adoptive.

Celle qui l’a langé, qui a passé des nuits sans sommeil à son chevet, qui a souffert les caprices de son père ; celle qui a passé le relais à sa grande sœur ou à sa petite sœur laquelle l’a lavé, a lavé ses habits, a nettoyé sa chambre, a fait ses courses, et qui, à son tour, a passé le relais à son épouse qui l’a accompagné tout le reste de sa vie entièrement, ou presque, attentive à tourtes ses attentes.

Assurément la balance des devoirs accomplis est totalement au désavantage de l’homme noir, adepte des religions étrangères, qui devrait s’interroger sur ce qu’il a fait, de son côté, pour sa compagne des millions d’années ; en dehors des périodes de conflits armés s’il est militaire ou s’il est soldat de la résistance.

Homme noir, le temps du ressaisissement a sonné pour la Renaissance et la Reconstruction de notre Matrie, main dans la main avec notre compagne des millions d’années.

 

 

Doumbi-Fakoly

 

 

 

i À l’aube, Amon est Ré dans sa jeunesse ; à midi, il est Khêper à l’âge adulte ; le soir, il est Atoum dans sa vieillesse.

ii Nzabudounké est la mère du grand Njoya inventeur de l’écriture Bamoun.

This article has 6 comments

  1. Hotep,
    Merci pour la question. La réponse éclairera sans doute plus d’un Kamite.
    Je vous enverrai les réponses après avoir interrogé et consulté nos gardiens du Temple, ainsi que nos guides.
    Afin d’éviter de dire des contre-vérités, des réponses précises sont appropriées.
    A bientôt.
    Les Kamites

  2. Merci pour l’article « De l’aliénation de l’homme noir à la négation de sa compagne des millions d’années ». Après avoir lu ledit article, je voudrais savoir conformément aux préceptes Kamites combien de femme un homme est-il autorisé à épouser? Bonne réception!

  3. Merci à 3RNA-MAAYA pour ce beau site.

    « Nul ne peut se développer en dehors de sa Matrie, comme l’enfant se développe naturellement en sa mère avant de mettre les pieds dans ce monde et y faire face. »
    C’est par notre retour intelligent aux sources, toutefois sans concession complaisante, que nous saurons nous développer sur tous les plans.

    Kouê KodjoTizié

    • Je suis de tout à fait d’accord de l’idée à ce que les descendants d’Afrique reprennent la spiritualité de leurs aïeux, mais toutes fois certaines affirmations que vous évoquez dans cet article ne coïncident pas avec les écrits de la Bible et surtout en rapport aux faits évoqués justifiant certaines pratiques et conceptions à l’égard de la femme. Je suis un défendeur farouche de l’égalité de sexe, prince d’harmonie universelle. Je vous suggère donc de revoir ces citations de peur que celles-ci ne viennent mettre en cause à la crédibilité que pourrait apporter un grand nombre d’aspirants à ce mouvement de renouveau d’ordre identitaire et spiritual africain.

      Mes salutations. « Mbote zeno » en Kikongo     

      • Bienvenu cher frère,
        Hotep!
        Merci de vous être exprimé librement.
        Nous sommes partisans de la libre expression et c’est avec plaisir que nous approuvons vos commentaires. Des espaces d’échanges verront le jour prochainement sur le site afin de mieux apprendre les uns les autres sur les choses de la connaissance et des savoir concernant nos culture, us, coutume, tradition et société.
        A bientôt et continuez de librement exprimer vos idées et ressentis.
        Ankh Uja Seneb.
        Les Kamites

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